accouchement | Les belles histoires de l'allaitement https://www.leblogallaitement.com Wed, 15 May 2024 12:46:27 +0000 fr-FR hourly 1 Allaitement, ocytocine et accouchement https://www.leblogallaitement.com/allaitement-ocytocine-et-accouchement/ https://www.leblogallaitement.com/allaitement-ocytocine-et-accouchement/#comments Thu, 14 Nov 2019 13:44:06 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1997 [Auteure] : Marie-Laure Lannette, accompagnante périnatale et auxiliaire de puériculture, Marie-Laure propose divers ateliers et services pour accompagner les parents dans la parentalité, et favoriser le lien parent-bébé, dont notamment l’approche Biological Nurturing®. Lors de ma formation d’auxiliaire de puériculture j’ai fait un stage en maternité. Je me souviens que lors de l’évaluation de fin de … Continuer la lecture de Allaitement, ocytocine et accouchement

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[Auteure] : Marie-Laure Lannette, accompagnante périnatale et auxiliaire de puériculture, Marie-Laure propose divers ateliers et services pour accompagner les parents dans la parentalité, et favoriser le lien parent-bébé, dont notamment l’approche Biological Nurturing®.

Lors de ma formation d’auxiliaire de puériculture j’ai fait un stage en maternité. Je me souviens que lors de l’évaluation de fin de stage, on m’avait reproché de ne pas avoir fait assez de “mise au sein“: cette technique qui consiste à plaquer la tête du bébé sur la poitrine de sa mère, voire à saisir le sein de celle-ci pour l’enfourner dans la bouche du bébé. Cette technique m’a toujours mise extrêmement mal à l’aise.

Beaucoup de femmes me relatent que lors du séjour à la maternité elles ont entendu des discours contradictoires concernant leur allaitement, qui souvent les ont déstabilisées. Parfois même, elles ont subi des reproches de certaines professionnelles car elles suivaient le conseil d’une autre et pas le leur. Cela pouvait prendre la forme de moqueries, voire elles se faisaient disputer comme si elles étaient une enfant, comme si elles étaient incapables de savoir elles-mêmes ce qui était bon pour leur bébé. Bien souvent, ces mères se sont senties jugées, voire culpabilisées. La plupart du temps, ces discours contradictoires sur l’allaitement ou ces mises au sein musclées viennent de la part de personnes pensant bien faire. Mais qu’inculque t-on à ces mères dès leurs premières heures en tant que mère ? Qu’elles ne sont pas aptes à savoir ce qui est bon ou non pour leur enfant ?

Ce que je relate ici n’est pas une généralité et fort heureusement j’entends aussi souvent de beaux témoignages sur des soignants merveilleux.

Le Dr Michel Odent explique que pour qu’un accouchement se déroule au mieux, le praticien doit intervenir le moins possible car il risque de solliciter le cerveau non reptilien de la mère et d’empêcher la bonne sécrétion de l’ocytocine. Ce médecin explique que l’activité du néocortex (l’intellect) peut inhiber d’autres fonctions. Par exemple il est difficile pour certaines personnes d’uriner si elles pensent que quelqu’un peut les entendre. Le néocortex doit donc être au repos pour que la femme puisse accoucher facilement.

Une femme qui accouche a besoin d’être protégée contre tout ce qui peut solliciter son néocortex :

  • le langage, les questions
  • une lumière trop forte
  • une température non adaptée
  • toute situation qui stimule l’attention
  • être ou se sentir observée

Il est en de même pour la délivrance du placenta et pour la mise en place de l’allaitement.

La sage-femme Diane Bolduc-Boutin définit l’ocytocine comme “l’hormone qui déclenche l’accouchement, qui stimule les contractions et pousse progressivement le bébé et le placenta hors de l’utérus. Associée à la prolactine, elle favorise le réflexe d’éjection du lait ; un combo en faveur du sentiment d’amour qui favorisera le comportement maternel et l’attachement au bébé (…) C’est la sœur de l’œstrogène et l’amie de la dopamine, génératrice de bien-être. Par contre elle est très timide et se cache volontiers lorsqu’elle a peur.” On l’appelle hormone de l’amour.

On peut se demander si ce qui est valable pour l’accouchement ne le serait-il pas aussi pour l’allaitement ?

Diriger la maman, lui expliquer comment elle doit faire, voire lui imposer ce qu’elle doit faire, lui demander de faire appel à son mental et non à son instinct, inhibe la production d’ocytocine. Bien souvent cela entraîne une difficulté dans la mise en place de l’allaitement et un sentiment d’échec pour la mère, qui peut contribuer à une diminution de sa confiance en soi et de sa capacité parentale. La mère a besoin de se sentir en sécurité, entourée d’une présence protectrice, et non d’un coach qui dirigerait ce qu’elle doit ou ne doit pas faire.

Être observé pendant qu’on fait quelque chose nous empêche bien souvent de la faire correctement. Combien d’entre nous se débrouillent très bien pour faire les créneaux quand nous sommes seuls mais doivent manœuvrer au moins 4 fois si on nous observe?

Lorsqu’un individu est observé, ou qu’il se sent observé, il perd bien souvent confiance en ses propres capacités et ressources. Il est donc primordial que la personne qui accompagne les débuts de l’allaitement soit la plus discrète, bienveillante et non jugeante possible.

Selon la sage-femme Suzanne Colson, docteur en lactation, les mères ont des instincts et le rôle des professionnels est de donner l’environnement favorable à l’expression de ses instincts au lieu de chercher à enseigner. Comme pour l’accouchement, en agissant sur l’environnement on aide la mère à trouver ses propres compétences. En dictant à la mère ce qu’il faut faire, on étouffe bien souvent son instinct et son savoir, ne lui laissant pas l’occasion de chercher et de découvrir par elle-même. En laissant les mères faire, elles positionnent mieux leur bébé, la tétée est plus efficace et non douloureuse, et bien souvent l’allaitement se poursuit plus longtemps.

Cette notion d’instinct est bien souvent controversée. A ce propos Michel Odent écrit : “Non seulement le bébé sait trouver le sein, mais la mère encore imprégnée des hormones qui lui ont permis d’accoucher, encore dans un état de conscience particulier qui tend à la couper du reste du monde, sait tenir son bébé, sait instinctivement coordonner son comportement avec celui de son nouveau-né. À tel point que j’ai vu des femmes qui n’avaient pas l’intention d’allaiter donner le sein une demi-heure après la naissance“.

Il poursuit : “Je ne puis m’empêcher de penser à de telles scènes lorsque des intellectuels prétendent que les êtres humains n’ont pas d’instinct. Ceux là n’ont jamais vu une mère et son nouveau né dans une atmosphère de parfaite intimité, de complète spontanéité. […] L’expression « mettre le bébé au sein», parfois utilisée à propos de la première tétée traduit une méconnaissance des potentialités instinctives dont l’être humain dispose en de telles circonstances. Dans mon expérience de la naissance à la maison, la tétée dans l’heure qui suit la naissance est la règle presque absolue. Mais personne ne « met le bébé au sein». La mère et le bébé coordonnent leurs actions. Il suffit de ne pas les gêner.”

Pour conclure, je citerai donc une dernière fois Michel Odent qui écrit dans “le bébé est un mammifère”: “Ne faudrait-il pas, tout simplement, trouver une nouvelle façon de faire?” 

Références:
« Et Dieu créa la femme … Mais …. » de Diane Bolduc-Boutin
« Introduction au Biological Nurturing » de Suzanne Colson
« Le bébé est un mammifère » de Michel Odent
Colson S. Biological suckling facilitates exclusive breastfeeding from birth : a pilot study of twelve vulnerable infants. 2000 ; London, UK : London South Bank University MSc Dissertation.
Colson S, DeRooy L, Hawdon J. Biological Nurturing increases duration of breastfeeding for a vulnerable cohort. MIDIRS Midwifery Digest 2003 ; 13(1) : 92-7.

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Ocytocine, l’hormone géniale https://www.leblogallaitement.com/ocytocine-lhormone-geniale/ https://www.leblogallaitement.com/ocytocine-lhormone-geniale/#respond Tue, 15 Jan 2019 13:54:55 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1890 L’ocytocine est une hormone actuellement placée sous les feux de la rampe. Qualifiée d’hormone de l’affection, du bonheur, de l’attachement, de l’amour, du lien social, de l’empathie, on prête à l’ocytocine une influence sur la fidélité, chez les campagnols des prairies ! On estime que l’ocytocine est apparue il y a quelques 700 millions d’années. … Continuer la lecture de Ocytocine, l’hormone géniale

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L’ocytocine est une hormone actuellement placée sous les feux de la rampe. Qualifiée d’hormone de l’affection, du bonheur, de l’attachement, de l’amour, du lien social, de l’empathie, on prête à l’ocytocine une influence sur la fidélité, chez les campagnols des prairies !

On estime que l’ocytocine est apparue il y a quelques 700 millions d’années. C’est une hormone dont la synthèse est endogène : elle prend naissance à l’intérieur du corps. Elle existe sous la même forme chez tous les mammifères. On connaît son rôle dans le déclenchement du travail d’une femme qui accouche, on sait aussi qu’elle permet l’éjection du lait des seins. Des recherches récentes ont montré son effet relaxant, sédatif notamment lorsqu’elle est libérée au moment des rapports sexuels. Elle est impliquée dans les comportements d’attachement, de soin aussi, particulièrement lors de l’allaitement, et plus généralement quand des personnes célèbrent un évènement, dansent ou chantent ensemble, par exemple.

Son nom « ocytocine » lui a été donné en 1906 par Sir Henry Dale en référence à ses propriétés alors connues sur le déclenchement des contractions des muscles lisses de l’utérus.

En grec ancien « ocytocine » signifie en effet « naissance rapide ». Chez l’être humain elle a un double rôle d’hormone et de neurotransmetteur : on la qualifie donc de « neuro-hormone ». Elle est principalement synthétisée par l’hypothalamus et par l’hypophyse.

La sécrétion d’ocytocine augmente tout au long de la grossesse. Elle stimule la contraction utérine, contraction qui est involontaire, intermittente, totale (intéressant tout l’utérus) et douloureuse à partir d’un certain seuil d’intensité (avec les prostaglandines, autres hormones endogènes, qui ont un rôle fondamental dans le déclenchement du travail dont l’origine est par ailleurs multifactorielle). Elle aura ensuite un rôle au moment de la délivrance physiologique lorsque, après un temps de latence, elle déclenche à nouveau les contractions permettant la délivrance (expulsion du placenta) et limitant ensuite l’hémorragie.

On a recours à une ocytocine de synthèse dans certains modes de déclenchements artificiels du travail. Il arrive fréquemment aussi qu’elle soit perfusée en cours de travail pour améliorer la dynamique utérine.

Au moment de l’allaitement, la succion du mamelon et les stimulations sensorielles avec le nouveau-né créent une excitation neuro-hormonale qui déclenche la libération de l’ocytocine, libération rythmée, discontinue. L’ocytocine permet l’éjection du lait en agissant sur les récepteurs de la plus petite unité cellulaire du sein : l’acinus (du latin «acinus : grain de raisin»).

En bonne messagère, elle travaille conjointement avec ses consoeurs que sont la prolactine, les oestrogènes et la progestérone, dont les taux se régulent de manière subtile pour que la lactation s’installe de façon harmonieuse. Plus largement, il semble que l’ocytocine module les réponses au stress qui accompagnent souvent l’expérience de la naissance et du post-partum et de l’allaitement et confère un plus grand apaisement. Cette diminution du stress contribue à une meilleure confiance en soi maternelle.

Pourquoi l’appelle-t-on aussi « hormone de l’attachement » ?

L’attachement est décrit comme un lien affectif, durable, dont la spécificité serait l’expérience de la sécurité et de réconfort éprouvée en présence de l’autre. Selon le chercheur et psychologue Blaise Pierrehumbert, l’ocytocine « sécrétée lors de contacts proches semble en retour favoriser la relation. Il s’agit donc d’un système en boucle »[1]

Au moment de la naissance, il semble qu’elle facilite l’émergence du lien mère-enfant. Les mouvements du nouveau-né vers le sein maternel, la succion du mamelon, les sentiments maternels chaleureux à l’égard de son enfant, le toucher, l’échange de regards etc. sont autant de signaux déclencheurs de la libération de l’ocytocine. Ses effets de détente renforcent la « préoccupation maternelle » que B. Pierrehumbert décrit ainsi : «  comme une fonction adaptative essentielle, permettant à l’enfant de recevoir les soins adéquats. Et il ne fait pas de doute que cette « préoccupation » soit déclenchée par des facteurs provenant à la fois de la mère (hormones) et du bébé (appels) ; les « déclencheurs » impliqueraient du reste autant l’un que l’autre des partenaires »[2].

Les pères sont eux aussi concernés par l’action de l’ocytocine même s’ils n’ont pas reçu en les hormones à l’œuvre dans la parturition de la même manière. Le taux paternel d’ocytocine est associé aux contacts entre le père et son enfant, et ce taux augmente en réponse aux soins donnés.

Pour conclure, l’ocytocine est impliquée dans de nombreuses fonctions humaines. Elle est le maillon d’une chaîne complexe, qui est à l’origine des fondements biologiques des soins parentaux. Elle favorise l’émergence des liens filiaux. La recherche s’intéresse aussi à l’ocytocine en thérapeutique   (notamment par exemple dans les pathologies psychiques du post-partum).

Sources et lectures :

« Le rôle de l’ocytocine dans les comportements maternels de caregiving auprès de très jeunes enfants » AL. Saive/DEVENIR/2010-4-vol 22/Ed Médecine et Hygiène

« L’ocytocine et la dépression du post-partum «  C.Cardaillac.et al/Journal de gynécologie-obstétrique 2016 ; 45(8)

« L’implication des parents en néonatologie et le processus de caregiving » N.Guédeney et al/DEVENIR/2012/1(Vol.24)Ed Médecine et Hygiène.

« Découverte de l’hormone de l’altruisme et de l’empathie » P.Gravel/Le Devoir/16/08/17

« Ocytocine et stress de la mère au cours de la lactation en post-partum » C.Boutet et al/Ann.Endocrinol.2006 ; 67,3./Masson

« Ocytocine, psychopathologie et réponses de stress »/Journées annuelles de l’AFBPN-2012/www.sciencedirect.com


[1]B. Pierrehumbert. « Amour et attachement » SPIRALE/2016-4(n° 80) Ed ERES.

[2]B. Pierrehumbert « L’amour maternel… un amour impératif »SPIRALE/2001-2(n°18) Ed.ERES

[Auteure] : Anne Bruyère


[Biographie] :
Anne Bruyère est sage-femme depuis 1982. Elle travaille en PMI.

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