allaiter diversification alimentaire | Les belles histoires de l'allaitement https://www.leblogallaitement.com Thu, 16 Aug 2018 08:45:10 +0000 fr-FR hourly 1 Une maman nous raconte son allaitement en vacances https://www.leblogallaitement.com/une-maman-nous-raconte-son-allaitement-en-vacances/ https://www.leblogallaitement.com/une-maman-nous-raconte-son-allaitement-en-vacances/#respond Thu, 16 Aug 2018 08:44:26 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1807 Mon compagnon et moi sommes partis en vacances à la montagne avec notre Petit Loup de 14 mois, allaité. Ces vacances ont été très joyeuses et l’allaitement, ainsi que la DME ( Diversification Menée par l’Enfant ), ont largement contribué à faciliter notre organisation : pas de poussette (vu la destination, portage “obligé” – quelle douce … Continuer la lecture de Une maman nous raconte son allaitement en vacances

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Mon compagnon et moi sommes partis en vacances à la montagne avec notre Petit Loup de 14 mois, allaité. Ces vacances ont été très joyeuses et l’allaitement, ainsi que la DME ( Diversification Menée par l’Enfant ), ont largement contribué à faciliter notre organisation : pas de poussette (vu la destination, portage “obligé” – quelle douce obligation !), pas de biberon, pas de petits pots, pas d’horaires fixes: une tétée pour s’habituer au nouvel environnement, des tétées pour attendre les repas, d’autres pour soigner les petits bobos de la vie en plein air. Nous nous sommes mis aux rythmes les uns des autres, oubliant les contraintes de la vie active. Après une année marathon, nous avons enfin pu dormir (cododo et allaitement ou comment ne pas se réveiller de la nuit et faire des nuits de 10 h à 12 h pendant 15 jours !).

J’étais tellement heureuse de venir pour la première fois en famille dans ce lieu qui m’a vue grandir ! Ce fut l’occasion de le présenter aux gens que nous connaissions sur place. Parmi ces personnes, il y a Sylvie*, je l’ai toujours vue dans son alpage. Chaque été, elle monte en altitude avec sa famille (mais ses enfants sont partis depuis longtemps), un troupeau de vaches, un troupeau de chèvres et son chien. Elle vit là-haut, au rythme de ses bêtes dont elle vend les fromages aux promeneurs.

Alors que je lui présentais Petit Loup, la conversation s’est engagée autour du lait : non, je n’allais malheureusement pas lui prendre de fromage au lait de vache cette année, Petit Loup étant intolérant. Elle a insisté : je pouvais bien en prendre un pour mon compagnon et moi-même, pas besoin de d’en donner à notre fiston. Poussée dans mes retranchements, je lui ai révélé la poursuite de mon allaitement.

Apprenant ça, Sylvie m’a toisée d’un œil connaisseur et surpris à la fois, puis elle m’a lancé : “eh bah, t’es une bonne laitière toi !!” Je suis restée un moment sans réagir, ne sachant trop que penser. C’est alors seulement qu’elle m’a expliqué avec une pointe de nostalgie que, pour elle, ses allaitements avaient tourné court assez rapidement faute de lait (et de bons conseils ?). C’était donc un compliment, légèrement teinté d’envie ! Le plus étrange des compliments que j’aie reçu jusqu’ici… et finalement, à mes yeux, l’un des plus beaux : une sorte de reconnaissance, sans jugement, de cet allaitement qui se poursuit dans la durée, bien au-delà de ce qu’elle a connu avec ses propres enfants !

Un dernier instant de vacances pour Petit Loup avant la reprise du travail

Mon Petit Loup a 14 mois. Il a tellement grandit pendant l’été ! Lorsqu’il est arrivé sur notre lieu de vacances, il marchait à quatre pattes et il est reparti sur ses deux jambes. Il a poussé d’un seul coup et a découvert tant de choses… C’est devenu un vrai petit garçon, tout le monde me le dit. Et moi, face à ce bébé devenu “grand”, je sens un léger malaise me gagner à l’idée de le faire téter en public. J’essaie de plus en plus de différer ses demandes.

Mais voilà, c’était un lundi, de retour à la vie citadine. Nous avions encore des montagnes plein la tête, mais il fallait déjà commencer la période d’adaptation chez la nouvelle assistante maternelle. La journée avait été chargée en émotions : premiers moments de garde, première promenade avec Petit Loup à pieds dans la rue… Son sommeil ne venait pas, trop d’agitation. J’en ai profité pour sortir encore une fois : il me fallait aller signer un document, une erreur administrative, c’était urgent. J’étais stressée, pressée : il y avait ça et puis les courses : qu’allait-on manger le soir ? et puis le bain, pas pris la veille. Et ses petites griffes acérées à couper pour qu’il ne griffe pas son petit copain de garde. Mais Petit Loup traînait la patte : trop fatigué, il n’avait plus envie de marcher. Je l’ai pris dans mes bras, mais alors que je m’attendais à ce qu’il s’effondre sur mon épaule, il s’est précipité pour réclamer une tétée ! Une de ces demandes impérieuses qui n’attendent certainement pas le retour à la maison. J’ai regardé autour de moi, je ne voyais que la rue, des trottoirs, des voitures : où s’installer ? Un instant, j’ai été prise de panique.

Et c’est là que j’ai (re)découvert ce tout petit square : un bac à sable entouré de quelques bancs, le tout isolé du reste de la ville par de grands bosquets fleuris. Aucune hésitation, c’était notre endroit ! Je me suis assise avec lui, et tant pis pour le reste. J’ai prévenu mon compagnon qu’on ne tiendrait pas le programme, qu’il prenne le relais. J’ai ralenti, pris le temps de respirer, de profiter du moment. Petit Loup a tété goulûment, ça a duré quelques minutes de douceur, blotti contre moi. C’était l’heure de sortie de bureau, l’heure où tout le monde se presse. Je sentais la ville s’activer là, partout autour de nous, mais pour moi plus rien ne comptait : je savourais la caresse du soleil sur ma peau, la brise légère qui faisait danser les cheveux de Petit Loup, les jolies fleurs qui nous entouraient et que je remarque à peine d’habitude. En une fraction de secondes, je me suis retrouvée en vacances, devant le chalet, face aux montagnes. Je l’ai regardé s’endormir, si paisible… En mon for intérieur, je l’ai remercié de m’offrir ce moment-là isolé de l’agitation ambiante, celle des autres et la mienne. Ce dernier instant de vacances avant la vraie reprise…

*prénom modifié par souci d’anonymat

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Allaitement et risques de caries dentaires https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-risques-de-caries-dentaires/ https://www.leblogallaitement.com/allaitement-et-risques-de-caries-dentaires/#comments Tue, 24 Oct 2017 12:48:53 +0000 https://www.leblogallaitement.com/?p=1632 Les caries dentaires constituent un problème sanitaire touchant entre 60 et 90% des enfants en âge scolaire : elles peuvent entraîner des douleurs et infections potentiellement handicapantes. Or, on l’a évoqué dans un article précédent : le lait humain est particulièrement riche en sucres.  Beaucoup de dentistes et de mamans s’interrogent donc : les uns mettent en gardent, … Continuer la lecture de Allaitement et risques de caries dentaires

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Les caries dentaires constituent un problème sanitaire touchant entre 60 et 90% des enfants en âge scolaire : elles peuvent entraîner des douleurs et infections potentiellement handicapantes. Or, on l’a évoqué dans un article précédent : le lait humain est particulièrement riche en sucres.  Beaucoup de dentistes et de mamans s’interrogent donc : les uns mettent en gardent, recommandent parfois d’éviter l’allaitement long (comprendre au-delà de 6 mois) et les autres ne savent plus quoi penser. Quid par exemple de la préconisation OMS de poursuivre l’allaitement jusqu’aux deux ans de l’enfant ? Fait-on prendre un risque à la santé dentaire de nos enfants ? Le sujet reste très controversé.
Que disent les études scientifiques sur le sujet ? A-t-on des arguments biologiques permettant d’évaluer un risque accru de caries dentaires lors d’un allaitement long ?

 

Les sucres dans le lait maternel, lien suspecté avec le risque de carie

Dans la famille des sucres, la molécule la plus abondante est le lactose (globalement deux molécules de glucose assemblées). Parmi toutes les espèces de mammifères, le lait humain est l’un des plus riches en lactose, particulièrement utile pour le développement du tissu cérébral.
Une autre spécificité du lait humain (notamment le colostrum) est la présence élevée d’oligosaccharides (plusieurs sucres « simples » reliés entre eux).

Bref  particulièrement riche en divers sucres, le lait humain peut donc constituer un facteur de risque pour la formation des caries puisque que les bactéries qui creusent les dents, ont besoin de sucre pour se multiplier et adhérer aux dents.

Il faut cependant préciser que tous les sucres ne sont pas équivalents et que le lait maternel a de sacrées particularités.

 

Les causes des caries dans la petite enfance

 Les bactéries cariogènes (particulièrement les Streptrococcus mutans) qui peuvent contaminer la bouche utilisent les sucres consommés pour se développer, s’attacher les unes aux autres en formant un biofilm : elles produisent alors des acides qui peuvent conduire à la décalcification de la dent.

La carie est un problème délicat à évaluer car il est multifactoriel. Pour un enfant, cela dépend de son état de santé, de son poids de naissance (prématurité), du type de bactéries buccales (cariogènes ou pas), de la présence de sucres et lesquels, des caractéristiques des dents (défauts d’émail, morphologie et caractéristiques génétiques) et de son mode de vie : hygiène dentaire, attitude des parents, recours plus ou moins fréquent à des médicaments, et habitudes alimentaires. On évoque aussi [2]  une association entre le niveau de vitamine D de la mère pendant sa grossesse et les risques de caries chez l’enfant. Un manque de vitamine D peut avoir un effet sur la calcification des premières dents, prédisposant à une moindre qualité de l’émail qui peut plus facilement se déminéraliser.

En ce qui concerne le facteur lié aux sucres, puisque c’est sur ce point que l’allaitement est mis en cause, ce qui compte c’est :

– la fréquence d’exposition,
– la période pendant laquelle ils sont consommés (pendant les repas ou entre les repas),
– la nature même des sucres.

La consommation de sucres en dehors des repas et durant la nuit semble être le facteur le plus impactant : la sécrétion de salive est alors moins importante ce qui ne facilite pas le drainage des sucres qui peuvent plus facilement stagner autour des dents.

 

Quid du lait maternel ?

 Une grande majorité d’études [7] [8] montre que dans la période       0 – 12 mois, l’allaitement non seulement, ne favorise pas les caries dentaires mais permettrait même de s’en protéger.

Comment ? La présence dans le lait maternel de substances telles que la caséine et des anticorps semblent empêcher l’adhésion des bactéries cariogènes (« Streptococcus mutans ») au biofilm présent sur les dents et à la salive [9]. La lactoferrine du lait maternel, quant à elle, détruit les « mutans ».

La nature des sucres est également un point important dans la mesure, où les bactéries cariogènes ne consomment pas tous les sucres de façon équivalente. Selon des études récentes, le lactose présent en grande quantité n’intéresse pas vraiment ces bactéries qui préfèrent dégrader les sucres classiques tels que le saccharose (ou sucrose), le fructose, le glucose.

Enfin, un mécanisme complémentaire de protection est lié au fait que le lait maternel favorise l’acquisition de micro-organismes oraux qui font rempart : les lactobacillus par exemple empêche l’implantation des « mutans ».

Il faut également préciser [1] que la technique utilisée par un enfant allaité pour se nourrir est bien différente de celle d’un enfant au biberon. Dans le premier cas, l’arrivée de lait dans la bouche se fait plus dans la partie arrière tandis qu’avec le biberon, le lait peut plus facilement circuler autour des dents.
Allaitement long et caries : revue des études

 Pour la période au-delà de 1 an, les publications ne conduisent pas toutes aux mêmes résultats. La difficulté de trancher vient du fait qu’il est assez difficile de comparer des groupes (enfant allaités sur le long terme et enfants non allaités) et de s’affranchir des biais (notamment l’effet du régime alimentaire lié à la diversification, à l’exposition aux sucres raffinés dans les régimes modernes)

L’effet cariogène du lait maternel seul, a été étudié [3]. Il n’a pas été montré d’augmentation d’acidité, ni de décalcification de l’émail sur un petit nombre d’enfants âgés de 12 à 24 mois après consommation de lait maternel.

L’étude [4] a consisté à examiner l’état dentaire d’enfants de 6 ans (certains étaient nés dans un établissement encourageant l’allaitement, d’autres dans un établissement classique (groupe de contrôle). Les taux d’allaitement dans le groupe test étaient effectivement 7 fois plus élevés que dans le groupe de contrôle. Or, aucune différence de l’état dentaire n’a été notée.

Quelques études de cohortes [5] [6] ont également été menées sur ce sujet (respectivement 206 et 504 enfants observés).  Les résultats montrent que l’allaitement prolongé n’était pas un facteur de risque et que l’allaitement maternel de nuit ne provoquait pas de caries.

Mais, toutes les études ne sont pas si catégoriques notamment à cause des nombreux facteurs entrant en jeu [7] ce qui entretient une sorte de mythe (au sein même des professionnels de santé) où allaitement et caries dentaires sont associés : la plupart des partisans de cette thèse avance comme facteur de risque les tétées de nuit sur le long terme (au-delà de 12 mois) pour faciliter l’endormissement. Ils évoquent alors un flux de salive moindre et une hygiène dentaire limitée. Mais aucune base scientifique fiable ne corrobore ces hypothèses et les arguments précédents (substances protectrices dans le lait maternel) restent valables, même la nuit, sous réserve que le lait maternel reste le seul aliment consommé (tétine sucrée à éviter par exemple) et sans autre faiblesse particulière brouillant les cartes (telle qu’une moindre qualité d’émail).

 

Conclusion

Bref, sur la base d’études fiables correctement menées, il apparaît que le lait maternel soit riche en substances capables de contrer le travail des bactéries dévoreuses d’émail. Quant à l’allaitement long, aucune preuve scientifique consensuelle n’indique qu’il favorise la recrudescence des caries chez l’enfant sous réserve d’appliquer une hygiène dentaire suffisante et d’avoir une consommation de sucres modérée.

 

Références :
1- V. Lavigne, « Breastfeeding and dental caries », Clinical Lactation, 2013

2- R. Schroth « Prenatal Vitamin D and Dental Caries in Infants », Pediatrics, 2014

3- P.R. Erickson, « Investigation of the role of human breast milk in caries development », American Academy of Pediatric Dentistry, 1999

4- Kramer et al., « The effect of prolonged and exclusive breast-feeding on dental caries in early school-age children. New evidence from a large randomized trial. » Caries Research, 2007

5- Nunes, « Association between prolonged breast-feeding and early childhood caries: a hierarchical approach. » Community Dentistry and Oral Epidemiology, 2012

6- Mohebbi, “Feeding habits as determinants of early childhood caries in a population where prolonged breastfeeding is the norm », Community Dentistry and Oral Epidemiology, 2008

7- R. Tham, « Breastfeeding and the risk of dental caries : a systematic review and meta-analysis », Acta Peadiatrica, 2015

8- Avila, « Breast and Bottle Feeding as Risk Factors for Dental Caries: A Systematic Review and Meta-Analysis », PlosOne, 2015

9- Niemi L., « Human Milk Compounds Inhinbiting Adhesion of Mutans Streptococci to Host Ligand-Coated Hydroxyapatite invitro », Caries Research, 2009

[Auteure] : Pascale Baugé

[Biographie] : De formation scientifique (docteur-ingénieur en génie des procédés), Pascale est très investie dans le monde des sciences en général. Tous les sujets l’intéressent, d’ailleurs elle ne se pose pas de limite car elle aime vulgariser des notions complexes et rendre les résultats des travaux des chercheurs accessibles au plus grand nombre (ses articles sont à retrouver sur son blog Le Monde et Nous.)

A la naissance de son premier enfant, elle découvre l’allaitement avec bonheur mais se heurte aussi à quelques difficultés.  Depuis, elle a eu deux autres enfants, allaités longuement, et n’a de cesse de lire et fouiller la littérature scientifique, synthétiser et diffuser l’état des dernières connaissances sur l’allaitement maternel: ce qu’on sait, mais aussi ce qu’on cherche à comprendre, car il y a encore tant à découvrir. Elle anime le blog “Allaitement, bonheur et raison

 

 

 

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Et si avoir trop de lait devenait un véritable calvaire ? https://www.leblogallaitement.com/et-si-avoir-trop-de-lait-devenait-un-veritable-calvaire-2/ https://www.leblogallaitement.com/et-si-avoir-trop-de-lait-devenait-un-veritable-calvaire-2/#comments Thu, 21 Jan 2016 13:30:14 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=1251 « Je pense que j’ai trop de lait, car j’ai les seins encore très pleins après chaque tétée » ; «J’ai tellement de lait, ça gicle tellement fort, qu’à chaque tétée, mon bébé s’étrangle, il y a du lait qui coule de partout, il quitte le sein et après j’ai du mal à l’y remettre, j’ai un réflexe … Continuer la lecture de Et si avoir trop de lait devenait un véritable calvaire ?

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« Je pense que j’ai trop de lait, car j’ai les seins encore très pleins après chaque tétée » ; «J’ai tellement de lait, ça gicle tellement fort, qu’à chaque tétée, mon bébé s’étrangle, il y a du lait qui coule de partout, il quitte le sein et après j’ai du mal à l’y remettre, j’ai un réflexe d’éjection vraiment trop fort ».

La hantise de nombreuses mères est de manquer de lait pour nourrir leur bébé. Pourtant, en dehors de quelques exceptions heureusement rares, l’insuffisance de lait n’est pas une réalité. Peu de monde imagine cependant qu’avoir trop de lait existe et que cela peut devenir un véritable calvaire à vivre au quotidien.

Des tétées angoissantes : les signes d’une surproduction de lait

Le nourrisson submergé par un trop plein de lait s’étrangle, tousse, quitte le sein en hurlant, se raidit tête en arrière, se cambre, s’agite sur le sein. Il souffre parce qu’il a des rots douloureux, il a des gaz malodorants, il émet des selles vertes. La mère perçoit chaque tétée comme une lutte. Des crevasses, engorgements fréquents et mastites peuvent apparaître alors que le premier mois n’est pas encore écoulé. La mère a le sentiment que ses seins ne se vident pas. Elle ressent un inconfort permanent ; elle a des zones sensibles au toucher et peut même ressentir de vives douleurs dans le sein lors du début de tétée. Les fuites sont constantes et abondantes.

Une « bonne fée », souvent une consultante en lactation, une autre maman allaitante ayant connu cette situation, une sage-femme, ou un pédiatre « éclairé » pourront alors identifier « le trop de lait ». Cette situation jusque là vécue dans l’isolement, la détresse et le doute de mal faire, va soudainement trouver écho dans des témoignages similaires. Grâce à des échanges de savoirs et techniques adaptés, la mère et son bébé pourront à leur tour retrouver une certaine confiance et une sérénité.

Chaque jeune mère a des seins programmés pour nourrir un peu plus que le nombre d’enfants qu’elle a portés. La plupart du temps, la production des premières semaines est supérieure au réel besoin du ou des bébés. On parle de surproduction temporaire aux démarrages. Cette situation est dite autolimitée et dure de 3 à 6 semaines au cours desquelles plusieurs facteurs déterminent la production de lait : la fréquence des tétées, la quantité prélevée par l’enfant ou exprimée ;1 la coordination et la maturité de la succion qui s’améliorent au fil du premier mois.2 Cette phase du postpartum représente une période décisive où l’on peut très nettement augmenter sa production ou la diminuer dramatiquement si les seins ne sont pas assez vidés.

Des facteurs prédictifs d’une surproduction durable 

Il n’y a pas de lien évident entre la surproduction et la taille des seins. Les seins produisent en permanence, et leur capacité de production et de stockage sont individuelles et variables d’un sein à l’autre. 3 L’hyperproduction peut parfois persister qu’elle soit associée ou non à un réflexe d’éjection fort. Les causes principales non exhaustives sont :

  • La sur-stimulation des seins par peur de manquer de lait.

  • La prise de certains médicaments, comme les antiémétiques indiqués dans le traitement du reflux de la mère.

  • Certaines maladies dont la plus connue est le prolactinome,

  • L’allaitement antérieur de jumeaux quand la production était déjà importante

  • Le co-allaitement d’un nourrisson et d’un bambin.

Les six premières semaines post-partum

Durant les 6 premières semaines après la naissance de l’enfant, il convient de ne pas chercher à influer physiologiquement ou médicalement sur la production, ni sur l’éjection du lait. On pourra se soucier de moduler plusieurs paramètres pour que mère et enfant vivent mieux les choses. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, on ne refusera pas de donner le sein de peur d’entretenir la surproduction car allaiter pleinement et fréquemment participe à résoudre l’engorgement, facilite les tétées, et de fait, permet de calibrer la production.

Afin de gérer le réflexe d’éjection fort (avec ou sans hyperproduction) :

  • Recueillir le lait de début de tétée, celui qui jaillit le plus violemment (jusqu’à ce que le sein soit bien souple).

  • Laisser couler l’autre sein pendant la tétée.

  • Privilégier une position d’allaitement où la mère est inclinée en arrière 4 pour atténuer la puissance du jet de lait, permettre de laisser s’écouler le surplus de lait sans risque d’étouffer bébé.

  • Ou installer l’enfant assis « droit », à califourchon sur une cuisse ; la tête de l’enfant très légèrement en arrière.

  • Utiliser un bout de sein (avec accompagnement)  qui diminue la violence du flot.

Afin de gérer l’hyperproduction :

  • Prélever des quantités plus importantes de lait avant la tétée. Le résultat sera très vite visible, la couleur jaune des selles sera indicatrice de la présence de graisses en un taux acceptable pour la croissance et la digestion de bébé.

  • Soulager l’autre sein, pour éviter qu’il ne soit trop tendu.

  • Ne pas hésiter à exprimer du lait de façon à ce que les seins restent confortables pour la maman.

Lorsque le bébé a 6 semaines (ou plus) 

En présence d’une surproduction, on conseille de donner un même sein durant une plage horaire donnée (souvent 3 h parfois 6 voire 12h), puis de donner uniquement l’autre sein durant la plage suivante. Cette méthode s’appelle le « block-feeding » et nous avons conservé cette appellation en France. La production locale ralentit et diminue alors physiologiquement. Il est donc important de porter un soin particulier au sein le moins souvent sollicité, de le soulager en exprimant une quantité de lait suffisante pour un ressenti confortable.

Une autre solution, très proche de ce qui précède, est la méthode du « drainage complet ». Il s’agit de vider totalement les deux seins à l’aide d’un tire-lait double-pompage de préférence et donner les deux seins immédiatement après puis « mettre de côté » l’un des seins durant 3 heures minimum. On proposera l’autre sein sur la plage horaire suivante5 et ainsi de suite jusqu’à sentir une amélioration de la gestion des quantités disponibles.

En outre, les médecins peuvent prescrire des médicaments visant à diminuer la production de lait. Attention cependant, en dehors de prescrire du Parlodel en cas avéré de prolactinome, le prescripteur pourra préférer les plantes, l’homéopathie et non un « coupe-lait ».

L’hyperproduction et le réflexe d’éjection, sont deux véritables problèmes qui ne vont pas forcément de pair. Ils se gèrent par l’essai de différentes techniques visant à réduire les inconforts du démarrage de l’allaitement durant les 6 premières semaines postpartum, et ce n’est qu’après cette période que l’on pourra envisager d’autres méthodes visant à réellement diminuer la production de manière à laisser le temps au corps de s’adapter et faire son travail de manière naturelle.

Savoir s’entourer « de bonnes fées » dans cette période-là est primordial et permet de prendre du recul face à nos questionnements et doutes vis à vis d’une situation inconfortable. Parfois une simple conversation téléphonique auprès d’un professionnel averti et / ou d’une personne disponible et bienveillante pourra nous remettre sur la bonne voie et nous encourager à poursuivre plus sereinement. Une fois le problème d’hyperlactation pris en charge, la plupart des dyades mère-enfants retrouvent un allaitement plus serein et agréable ; fidèle à leurs attentes. N’ayez donc crainte, et reprenez confiance en vos capacités vous verrez que ces épisodes seront bientôt classés dans les tiroirs à souvenir  et que le meilleur est à venir ou pas !

Bon allaitement !

1 (Daly, & Hartmann, 1995)

2 (Riordan)

3 Short-term synthesis and infant- regulated removal of milk in lactating women, Daly, Owens & Hartmann 1993 Exp Physiol (1993), 78, 209-220).

4 Susanne Colson et la position dite du Biological Nurturing pour atténuer la violence du jet de lait, du fait de la gravité terrestre

5 Un article décrivant cette méthode a été publié dans les Dossiers de l’Allaitement n° 77 par CGA van Veldhuizen-Staas alors consultante en lactation aux Pays-Bas (Overabundant milk supply : an alternative way to intervene by full drainage and blockfeeding. CGA van Veldhuizen-Staas. Int Breastfeed J 2007 ; 2 : 11

[Auteure] : Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC, formatrice et conférencière, Françoise Coudray est également la présidente fondatrice de l’A.D.J.+

[Biographie] : A la naissance de ses jumeaux, Françoise Coudray a quitté le monde de l’industrie (biochimie-nucléaire) pour se consacrer à ses enfants. Entrepreneuse dans l’âme, elle est à l’initiative de l’association nationale dédiée aux familles de multiples ADJ+ (Allaitement Des Jumeaux et Plus); http://www.allaitement-jumeaux.com.
Depuis, 2000, elle intervient auprès de professionnels de santé pour les former, les informer en matière d’allaitement maternel en général, tout en donnant des conférences dédiées à l’allaitement et en continuant son activité bénévole auprès des mères de jumeaux. En 2006, elle obtient le diplôme de consultante en lactation IBCLC et développe un nouveau service : C-LA-FAM (Consultations de Lactation Formation à l’Allaitement Maternel), son association devenant alors un organisme de formation professionnel. Depuis 15 ans, elle prend en charge toutes les (futures) mamans qu’elles aient des jumeaux ou pas.

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Allaiter après six mois : la grande question de la diversification https://www.leblogallaitement.com/allaiter-apres-six-mois-la-grande-question-de-la-diversification/ https://www.leblogallaitement.com/allaiter-apres-six-mois-la-grande-question-de-la-diversification/#comments Fri, 08 Aug 2014 09:10:30 +0000 http://leblogallaitement.com/?p=883 Continuons notre saga de l'été avec la question centrale quand approchent les six mois du bébé : la diversification alimentaire (°) lorsqu'on allaite. Quand peut-on ou devrait-on commencer à diversifier ?   Des chiffres pré-tétés (enfin… pré-mâchés) pour diversifier   Cette interrogation donne souvent des inquiétudes aux jeunes mères, car comme souvent en allaitement, les recommandations … Continuer la lecture de Allaiter après six mois : la grande question de la diversification

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Continuons notre saga de l'été avec la question centrale quand approchent les six mois du bébé : la diversification alimentaire (°) lorsqu'on allaite. Quand peut-on ou devrait-on commencer à diversifier ?

 

Des chiffres pré-tétés (enfin… pré-mâchés) pour diversifier

 

Cette interrogation donne souvent des inquiétudes aux jeunes mères, car comme souvent en allaitement, les recommandations diffèrent suivant les instances.

 

Pour l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), en ce qui concerne les cas non pathologiques, la diversification ne devrait pas débuter avant six mois. En effet, le lait maternel couvre tous les besoins du bébé pendant cette période. Mais selon la Haute Autorité de Santé et son PNNS (Programme National Nutrition Santé) qui reprend les conseils de la SFP (Société Française de Pédiatrie), il existerait une fenêtre d'introduction des aliments entre quatre et six mois pour diminuer le risque d'allergie. Entendez par là que la diversification doit débuter à partir de quatre mois.

 

Ces avis contradictoires sont ennuyeux, surtout si on ne cherche pas à comprendre mais à appliquer une recette toute faite dictée par quelqu’un d’autre. Mais la jeune maman cherchant à s’informer (que vous êtes vu que vous lisez ce blog…) peut aussi voir cela comme une opportunité de creuser la question.

 

Quelle durée choisir : 4 mois ou 6 mois?

 

D’abord prendre du recul et revenir aux bases : la physiologie. Il est clair que c'est nettement à partir de six mois que le développement du bébé lui permet de s'alimenter autrement. La mastication apparaît, ainsi que les dents, la déglutition est plus mature et le bébé commence à tenir assis.

 

Par ailleurs, les études concernant les risques d'allergie liés à un allaitement exclusif durant six mois versus un allaitement mixte ne donnent pas pour l'instant de résultats bien tranchés. Il faut bien voir que les études (et donc les conseils) de demain ne seront pas les même que ceux d’aujourd’hui… La science avance, avec ses erreurs passées.

 

Alors quelle durée choisir : aucune des deux mon général ! Ne conviendrait-il pas de prendre un peu de recul par rapport aux « méthodes irréfutables qui devraient s’appliquer à tous les couples mère-enfant » ?

 

Chercher pour choisir

 

Vous êtes toujours là ? Vous faites donc partie des mères qui veulent choisir en toute connaissance de cause. Bravo! Le bon sens serait donc de se fier au bébé plutôt qu'à des chiffres précis. Jusqu'à maintenant, vous observiez votre bébé en l'allaitant à la demande : alors continuez  et faites lui confiance! Votre bébé connait mieux que quiconque ses besoins, il n'y a plus qu'à les suivre. Certains bébés vont avoir envie de se diversifier à 5 mois, d'autres à 8 mois.

 

A noter que, une fois la diversification commencée, le lait maternel reste nécessaire pendant un certain temps. Bien évidemment, il continue à fournir plus de la moitié des besoins énergétiques jusque vers un an et le tiers de ces besoins jusque vers deux ans. Mais surtout, il continue à apporter les nutriments indispensables, et les précieux anticorps, ce qu’aucun lait bovin dé-bovinisé lyophilisé ne fera jamais.

 

En cas de maladie du grand bébé, le lait maternel devient imbattable : il est non seulement une source énergétique et nutritionnelle, et ce quel que soit l'âge du bébé, mais il est surtout extrêmement digeste. Par exemple lors d'un épisode de gastro-antérite, le bambin encore allaité retournera spontanément au sein car le lait sera assimilé beaucoup plus facilement que les autres aliments. Très efficace et rassurant pour les parents!

 

A partir de huit mois, la plupart des experts conseillent d'avoir commencé la diversification. En effet, les besoins en fer et en zinc augmentent et le lait maternel ne les couvre pas totalement.

Cela tombe bien, c’est la plupart du temps le moment que choisissent les bébés qui ne l’ont pas encore fait pour s’intéresser aux assiettes des grands.

 

Quelques pistes pour la pratique

 

Comme d’habitude, ce n’est pas très compliqué, il suffit souvent d’écouter son enfant. Votre bébé peut être prêt à varier sa nourriture lorsqu'il marque un intérêt particulier (autre que celui de tout mettre systématiquement en bouche) :

  • Il observe votre assiette. S'il est sur vos genoux, il a envie de prendre ce qui s'y trouve.

  • Il suit le trajet de la fourchette de l'assiette à votre bouche.

  • Il pousse des petits cris indiquant qu'il veut ce qui se trouve dans votre assiette…

 

Nous verrons en détail la semaine prochaine comment procéder pour mettre en place des repas qui se déroulent dans le plaisir, en s'appuyant sur le témoignage qu'une maman m'a laissé dernièrement.

 

 

 

 

(°) Petit rappel de vocabulaire, la diversification alimentaire débute au moment où l'on introduit d'autres aliments que le lait dans l'alimentation du bébé. Le sevrage, lui, est une période qui va de la première prise de nourriture autre que du lait maternel à la toute dernière tétée. Pour un bébé qui n'a jamais eu de lait artificiel, le début du sevrage coïncide donc avec la diversification.

 

 

 

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