La fatigue, voire l’épuisement maternel est un motif fréquent de consultation de jeunes mères. C’est également l’une des premières causes d’arrêt de l’allaitement maternel. Les mères, souvent influencées par leur entourage, peuvent être amenées à penser que l’allaitement est la cause de cette fatigue.
Qu’en est-il vraiment ? Que faut-il savoir au sujet du sommeil de la mère et de l’enfant durant l’allaitement ? Quelles solutions pour « survivre » à cette période éprouvante de la vie de jeune mère ? C’est ce que nous allons découvrir.
Le sommeil de l’enfant en bas-âge :
Le sommeil est un processus qui évolue tout au long de la vie. Un nouveau-né dort en moyenne 18 heures par jour dont 2 à 3h consécutives au maximum. Il existe de grandes variations individuelles dans la première partie de la vie (les « petit dormeurs » qui dorment 8h par jour et les « gros dormeurs » qui dorment jusqu’à 20h par jour !). Cette différence est déjà beaucoup moins importante aux alentours de 12 mois (1). A cet âge, les études montrent que les enfants dorment en moyenne entre 10 et 14h par jour.
La qualité du sommeil évolue, elle aussi, en fonction de l’âge de l’enfant. Plus l’enfant est jeune, plus la proportion de sommeil léger est importante. Un nouveau-né passe plus de la moitié de son temps total de sommeil en sommeil léger. C’est durant cette phase que la croissance cérébrale est maximale. Plus la maturité du bébé augmente, plus la proportion de sommeil lent profond augmente et plus les phases d’éveil sont importantes.
D’autre part, il est important de savoir que le nouveau-né qui s’endort passe par une phase de sommeil léger d’environ 20 minutes avant d’entrer en sommeil profond. Durant cette première phase de sommeil, il est donc susceptible d’être réveillé à la moindre stimulation. Il est donc préférable d’attendre la phase de sommeil profond pour poser bébé dans son lit sans le réveiller ; mais attention, les phases de sommeil profond ne durent pas très longtemps car le sommeil léger reste majoritaire à cet âge !
Le sommeil du nouveau-né est réparti de manière équivalente le jour et la nuit. Ce n’est qu’au bout de quelques mois que le rythme « nuit-jour » se met en place. Les études montrent que plus on tente de réguler le sommeil des tout-petits, plus le cycle « nuit-jour » se met en place tard … Tout vient à point à qui sait attendre !
Les attentes des parents concernant le sommeil des enfants en bas-âge, souvent culturelles, sont simplement IRREALISTES ; ce qui peut induire de l’inquiétude !
A retenir (2):
A 3 mois, quelques bébés commencent à dormir parfois 5h consécutives,
A 5 mois, 50% des bébés dorment 8h consécutives durant quelques nuits,
A 12 mois, 27% des bébés ne dorment pas régulièrement entre 22h et 6h et 13% des bébés ne dorment pas régulièrement plus de 5h consécutives,
Existe-t-il un lien entre la nourriture reçue et le sommeil de l’enfant ?
Le nouveau-né sort d’une période durant laquelle il était nourrit en continu par le placenta. Il doit, à la naissance « apprendre » à réguler entre autres sa température et sa glycémie. Ceci explique un rythme soutenu de tétées les 3 premiers jours (avant la « montée de lait », un nouveau-né doit s’alimenter 10 à 12 fois par 24h au moins et il n’est pas rare que, les premiers jours, les bébés tètent toutes les 40 minutes). Les mères doivent en être averties afin de s’adapter à cette situation et se méfier d’un bébé qui dormirait trop. Le « sommeil refuge » du nouveau-né est une des premières raisons qui induisent une perte de poids importante durant les 3 premiers jours ainsi qu’un retard à la « montée de lait » et un risque important d’engorgement chez la mère.
Spécificités d’espèce :
La composition du lait d’un mammifère est une composante d’espèce. Son sommeil aussi !
Autrement dit, la composition du lait de femme est très spécifique aux besoins du nouveau-né. La particularité de l’être humain est qu’il nait prématurément. La première partie de la vie est une sorte de « gestation extra-utérine ». En effet, le petit humain n’est pas suffisamment mature pour se déplacer seul avant plusieurs mois. Durant cette longue période, c’est la croissance cérébrale qui va monopoliser le plus d’énergie. Pour cela, il a besoin principalement de nourriture pour son cerveau ; c’est-à-dire de lactose. Aussi, le lait de femme est-il particulièrement riche en lactose (7% de lactose contre 4% de graisse et 1% de protéines).
Le lactose est très digeste (3). Vingt minutes après la tétée, l’estomac est vide et le bébé peut de nouveau être prêt à se ravitailler (c’est ce que l’on appelle les « tétées groupées ». Elles peuvent durer jusqu’à 2h voire plus). Suite à un groupe de tétées, la vidange des seins étant de plus en plus importante, la part de graisse augmente progressivement. Ceci permet alors à l’enfant d’accumuler de l’énergie plus durable pour dormir 1 à 2h consécutives. La méconnaissance des « tétées groupées » amène souvent les parents à penser, à tort, que leur enfant à des coliques ou que le lait maternel n’est pas suffisant.
Les préparations pour nourrissons étant à base de lait animal, la proportion de lactose, graisse et protéines est bien différente de celle du lait de femme. Ceci induit un « effort » de digestion plus important, ce qui a pour corollaire de modifier le sommeil de l’enfant en augmentant, de manière anti-physiologique, la proportion de sommeil profond(4). Mais la quantité totale de sommeil est identique que l’enfant soit allaité ou non (5) ; c’est la répartition qui est différente (6)!
En conclusion de cette première partie, notons qu’une meilleure connaissance de la physiologie du sommeil de l’enfant durant l’allaitement permet aux jeunes parents d’avoir des attentes plus en adéquation avec la réalité de la vie avec un jeune enfant. Ce faisant, moins inquiets du comportement de leur bébé, les parents sont généralement moins susceptibles de remettre en question les capacités nourricières des mères. Cela favorise la poursuite de l’allaitement conformément aux objectifs parentaux et aux recommandations de l’OMS qui préconise l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois et en complément de la diversification alimentaire jusqu’à au moins 2 ans.
1. Galland et al. 2012. Normal sleep patterns in infants and children: A systematic review of observational studies
2. The Consolidation of Self-regulated Sleep Across the First Year of Life. Henderson et al, 2010. Calibri (Corps)
3. “Comparison of Evoked Arousability in Breast and Formula Fed Infants.” Archives of Disease in Childhood 89: 22-25.
4 .Horne, R.S.C., Parslow, P.M., Ferens, D., Watts, A.M. and Adamson, T.M. (2004). “Comparison of Evoked Arousability in Breast and Formula Fed Infants.” Archives of Disease in Childhood 89: 22-25.
5.S Callahan, N Séjourné, A Denis ; Fatigue and breastfeeding : an inevitable partnership ? J Hum Lact 2006; 22(2) : 182-87
6.Blyton, D.M., Sullivan, C.E. and Edwards, N. (2002). “Lactation is associated with an increase in slow-wave sleep in women.” Journal of Sleep Research 11: 297-303
[Auteure] :
Céline Dalla Lana est sage-femme et consultante en lactation. Elle nourrit également une passion pour la formation des professionnels de santé.
[Biographie] :
Céline Dalla Lana est sage-femme libérale, elle accompagne les femmes en cabinet libéral et à domicile depuis de nombreuses années, en proposant un suivi prénatal et un soutien spécifique à l’allaitement maternel.
Son mémoire de sage-femme portant sur l’allaitement a été récompensé pour sa présentation innovante et la pertinence de l’enquête statistique qui y est proposée.
Son travail a servi de référence à l’élaboration des recommandations pour l’allaitement maternel de l’ANAES – HAS (Haute Autorité de Santé).